vendredi 5 mai 2017

Le débat qu’il faut sur le combat politique de la femme congolaise aujourd’hui



Chantal Faida, prof Kä Mana et Jeunes de l'Université Alternative en photo de famille



Rencontre des jeunes de l’université alternative de Pole Institute avec Madame Chantal Faïda Mulenga-Byuma


Arsène NTAMUSIGE (@arsenentamusig1)



Le samedi 22 avril 2017, les jeunes de l’université alternative pour l’éducation à la transformation sociale à Pole Institute (Goma) ont consacré trois heures d’échanges et de réflexions avec Madame Chantal Faida Mulenga-Byuma, haut cadre du parti politique ADR, sur le combat de la femme congolaise dans le champ politique aujourd’hui

Intervention de Madame Chantal Faida Mulenga-Byuma



Chiffres à l’appui, Chantal Faida Mulenga-Byuma a montré les inégalités flagrantes qui caractérisent la situation des femmes par rapport aux hommes dans les domaines politiques, économiques et socioculturels. A ses yeux, il s’agit d’un problème non pas conjoncturel mais structurel. Il est lié aux causes fondamentales suivantes :
 - l’accoutumance aux injustices devenues aujourd’hui de véritables atavismes sociaux au Congo,
- le refus d’appliquer les dispositions légales qui sont dans les textes juridiques du pays,
- le poids de pesanteurs culturelles rétrogrades sur la vision sociale de la femme
- et le manque d’une politique et d’une stratégie d’éducation des femmes au combat pour leurs devoirs et leurs droits.
Dans le contexte actuel de notre société congolaise, les femmes prennent de plus en plus conscience de ce qui se passe et s’affirment comme personnalités dans tous les domaines où les choses doivent changer. Elles luttent et s’affirment dans les partis politiques, dans les églises, dans les milieux d’affaires et le monde de l’intelligence. C’est cette lutte qu’il est nécessaire d’intensifier et de gagner non seulement pour les femmes, mais pour toute la jeunesse d’aujourd’hui, filles et garçons compris.  Tous et toutes doivent s’engager de tout leur souffle dans la cause de la femme et dans la promotion de son intégration dans le jeu social du Congo. En politique plus particulièrement,  on doit s’attendre à voir les femmes imposer leurs talents,  leur génie et leur créativité. On doit surtout tout faire pour ces talents, ce génie et cette créativité enrichissent les hommes pour une société de paix.

Un débat serein sur la place de la femme en politique

L’intervention de l’oratrice du jour a été suivie d’un débat serein entre les jeunes et elle, spécifiquement sur la question de la parité et sur celle des relations entre les coutumes culturelles de nos sociétés traditionnelles congolaises et la société d’aujourd’hui. Sur ces deux questions, les idées des jeunes étaient partagées entre une compréhension du combat légitime des femmes d’aujourd’hui au Congo et le souci de ne pas bousculer à peu de frais des conceptions traditionnelles qui assuraient un certain équilibre dans la division du travail et des fonctions sociales entre les hommes et les femmes. En même temps, un certain recours à une certaine interprétation masculiniste de la Bible a été évoqué pour calmer les élans de révolte qu’il y a dans les revendications des femmes en matière de féminisme. La modernité de la parité et des droits que porte la problématique du genre est essentiellement une bonne chose, mais il convient de la vivre sans devenir une société d’aliénés qui répètent le discours du monde occidental en oubliant qui nous sommes, nous Africains. Il est temps de trouver des équilibres propres à l’Afrique et d’inventer une manière africaine de vivre le féminisme et le genre.   

 Sortir du passé et se projeter dans l’aveni

 Tout ce débat s’est déroulé sous le regard attentif et vigilant du professeur Kä Mana, animateur de l’université alternative. Il est intervenu à la fin de la séance pour nouer la gerbe des discussions et indiquer l’enjeu majeur des problèmes du genre, de la parité et de la place de la femme en politique.
A ses yeux, toutes les épines des inégalités entre l’homme et la femme aujourd’hui sont l’expression d’un malaise dans la civilisation africaine écartelée entre l’ignorance de ce qu’elle a été comme société dans son histoire et ce à quoi elle est appelée à devenir face à l’avenir. Beaucoup de gens parlent de l’Afrique et de sa culture dans le passé en confondant les valeurs culturelles africaines de base et ce que la colonisation et le christianisme coloniale ont fait de notre société. On confond l’infériorisation coloniale de la femme africaine et ce que cette femme a été dans son histoire comme mère, comme épouse et comme lien entre le monde sacré de l’invisible et la quête de la paix dans la vie quotidienne. Il faut casser ce malentendu et éduquer la jeunesse au respect de la femme selon nos traditions. De même, il est ruineux de se servir de la Bible pour valider les dérives du phallocratisme : Dieu n’est pas du côté de l’infériorisation de la femme, encore moins de sa chosification par une vision masculiste du monde. Dans le monde d’aujourd’hui, la manière dont les filles s’engagent dans les études jadis réservées aux garçons et dominent les domaines de la médecine, des sciences dures et du droit sont des signes que les vieilles conceptions du monde s’écroulent et qu’il convient pour les jeunes de construire leur propre futur sous le signe de nouvelles valeurs que désignent les concepts comme ceux de parité, d’égalité, de générosité, d’aide mutuelle et responsabilité réciproque et communautaire.
Aujourd’hui, il fautne pas avoir d’yeux pour manquer de voir combien l’émergence des filles dans des sections, facultés et départements… jadis réservés aux seuls hommes est en train de changer le monde.

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